J'aimais enfoncer mes pieds nus dans le sable gris de la plage, courir avec mes petites soeurs dans les vagues pour attraper les cocos ballotées depuis une île voisine. Nous les roulions comme plus tard, bien plus tard, nos enfants l'ont fait avec des boules de neige, pour les rapporter triomphalement à la maison. Là, alertée par nos cris, Saîda sortait de sous la varangue, arborant son éternel balai de paille. Elle mettait la main sur son front pour essuyer la sueur qui y perlait déjà, et pour faire contre jour au soleil levant éblouissant sur la terrasse. Nous nous écrasions toutes les trois sur son gros ventre, criant toutes plus fort les unes que les autres pour raconter ce miracle quasi quotidien, et celle qui parlait le plus vite parvenait parfois à la convaincre que c'était elle qui avait vu la noix la première.
Saïda lançait alors un appel qui devait, j'en suis sûre tant mes oreilles en résonnent encore, s'entendre à des kilomètres à la ronde! Les jeunes singes s'affolaient alors un moment dans les arbres aux alentours, les vieux singes eux s'y étaient fait depuis le temps...et Jo, immanquablement, torse nu et juste revêtu d'un pagne de coton blanc, majestueux dans les bottes de cavalier que papa lui avait données, imperturbable, surgissait d'un fourré ou du chemin au fond du parc...sa machette à la main. Il tranchait en deux la noix d'un coup sec . Saïda versait alors le lait dans la carafe de Grand-mère Juliana, celle en cristal, la seule survivante du service apporté par cargo d'Europe. Les goûters étaient parmi les moments que nous préférions car souvent, Saïda prenait l'une de nous sur ses genoux et nous racontait des histoires de fantômes...
De mes souvenirs d'enfance, il ne me reste que quelques bulles légères comme du savon, elles éclatent dans ma mémoire les unes après les autres et souvent il ne m'en reste qu'un parfum léger et fleuri comme les fleurs d'ylang que Saïda mettait dans nos cheveux...
Je me souviens du goût de l'eau sur mes dents de lait. Je me souviens du sable qui envahissait tout, même nos rires. Je me souviens du ballet hypnotique des raies à marée basse lorsque Josh m'emmenait à la pêche et que je laissais mes jambes pendre dans l'eau turquoise.
Josh, le mari de Saîda n'avait plus qu'un bras, souvenir d'un requin peu amène rencontré au détour d'une plongée à quinze ans pour épater une fille..Ca ne l'empêchait pas d'être le meilleur pêcheur sur notre atoll, même si, à cette époque, le poisson ne manquait jamais, il y en avait certains dont il fallait bien connaître les habitudes et le territoire. Parfois Josh ne parlait pas, le regard perdu à l'horizon, il bourrait sa vieille pipe en manguier de ce tabac qui sentait si fort et dont je m'intoxiquais avec délice, l'air de rien, et auquel sans aucun doute je dois mon addiction !...
Parfois aussi, Josh se mettait à parler avant même que j'aie besoin de poser une question...Il se souvenait de ce qu'il faisait quand il avait deux bras, quand les filles ne le trouvaient jamais ni assez beau, ni assez grand, ni assez riche et que tout ce qu'elles lui offraient c'était la vue de leurs longs cheveux de jais ondulés et le bruit de leurs éternels rires moqueurs mais si jolis, si cristallins. Avant Saïda, il y avait eu une autre fille, une européenne, le requin, c'était pour elle.
Un soir, alors qu'il rentrait des champs, il l'avait vue descendre du cargo sur le port avec sa famille, le ferry n'avait pas pu accoster à cause de la houle, et ils avaient dû transborder les passagers. Comme toutes les jeunes filles à cette époque, elle était habillée en blanc, une robe de dentelle avec un col trés haut, une ceinture à la taille et des bas blancs que Jo apercevait à mi-mollets. Simplement, elle était mouillée, les cheveux défaits, et malgré le châle que sa mère avait jeté sur ses épaules, Jo devinait ses formes sous la robe. Des filles, il en avait déjà vu, sur les îles, la pudeur n'était pas de mise, le corps se consommait sans modération, encadré des vieilles traditions vaudou. Celle là était différente, à part ses seins ronds, elle était presque maigre, le long voyage en bateau n'avait pas dû lui réussir, et surtout elle était rousse. Deux longues tresses telles des braises se tortillaient le long de ses bras, maitrisant à grand peine des boucles qui s'en échappaient comme des ressorts.
Ce jour là, Joshua n'eut pas à ruser pour l'approcher, un homme âgé de belle prestance le héla en lui montrant des malles qui attendaient d'être chargées sur une carriole dont les deux mules abattues par la chaleur, les mouches et le vent, refusaient de faire un pas de plus.
« Charlotte, j'ai bien peur que nous n'ayons égaré l'une de vos malles ! » La jeune fille resserra un peu plus le châle autour de ses épaules. « Ca ne fait rien, dit-elle, nous la ferons chercher demain, père, si vous le voulez bien, j'ai hâte d'être au sec sur un bon plancher ! Partons vite, voulez-vous ? ». La femme entre deux âges qui les accompagnaient enchérit aussitôt : « Oui, Jacques, allons voir la propriété, Charlotte a raison, un ponton d'accostage n'est pas l'endroit le plus accueillant pour une jeune fille qui a eu déjà bien des émotions ! ».
Jo roulait délicieusement des « r » à chaque fois qu'il me racontait cette anecdote, mimant les manières du beau monde de la dame et de son mari, et à chaque fois il me faisait mourir de rire quand il recommençait...
La jeune fille, charlotte, cette fois là, ne le vit même pas, Josh n'était qu'un petit métis, un petit mendiant qui portait les bagages comme elle devait en avoir croisé beaucoup depuis son départ de Hollande. Ses parents gagnaient l'une des nombreuses plantations de café que les hollandais affectionnaient particulièrement en cette fin du 19éme siècle.
Il la revit bien plus tard, presqu'un an s'était écoulé lorsqu'il la remarqua avec un groupe d'amies sur la plage, trois autres jeunes filles et deux grands blonds portant jaquette étaient installés sur le sable de la plage aux tortues.
Jo, lui, pêchait un peu plus loin, à la mode de l'île, avec une grande pique sur laquelle il se hissait parfois sur un pied à l'aide du petit coin qui y était fiché.
Distrait par ces retrouvailles incertaines, il n'avait d'yeux que pour Charlotte, et sa pêche restait bien maigre !!
L'un des garçons avisa sa présence et se leva pour l'interroger, il parlait avec un fort accent allemand et Jo eut du mal à le comprendre « tes poissons, tu me les vends ? », Jo tout content de cette aubaine lui céda bien sûr ses poissons en échange de quelques pièces. La jeune Charlotte suivait la scène du regard, intriguée par le marchandage de son compagnon...Le jeune homme rapporta les deux loches kuhlii chatoyantes achetées à Josh et les jeunes filles ravies s'exclamèrent devant leur belle couleur jaune. Charlotte discuta un petit moment avec le jeune homme puis s'élança en courant vers l'eau, les deux poissons emprisonnés dans le calice formé par ses mains réunies. Elle les reposa dans l'eau, mouillant le bas de sa robe légère, puis resta un moment penchée pour les regarder s'enfuir en eaux profondes. Lorsqu'elle se releva, elle se tourna vers Josh et lui adressa un sourire radieux. Jo le lui rendit. Elle baissa les yeux, tordit le bas de sa robe et rejoignit ses compagnons.
Arrivé là dans son récit, Jo s'arrêtait la plupart du temps et remettait du tabac dans sa pipe éteinte entre temps. Ses yeux se perdaient alors à la crête des vagues ou dans les flammes du petit feu de camp qu'il allumait parfois pour cuire du gibier devant la terrasse le soir...
Je pense qu'il la revoyait, tenant tête à son ami pour récupérer les poissons condamnés et si déterminée à leur rendre leur liberté. Je l'imaginais, jeune fille aux très longs cheveux roux, son chapeau négligemment retombant sur ses épaules, ne tenant que par une fine cordelette, dans une robe rose corail légèrement transparente comme celles qui hantaient encore à cette époque l'armoire de Grand-mère Juliana.
A partir de ce jour là, Charlotte réapparut régulièrement sur la plage...C'était la saison chaude et parfois la pluie s'abattait au moment où on s'y attendait le moins. Jo attendait alors en vain sa venue...puis un jour alors qu'il avait sorti la petite embarcation de son père pour aller pêcher à la nuit tombée...il aperçut sur la plage un petit amas de vêtements sur lequel quelqu'un avait posé une grosse pierre afin d'éviter certainement que le tissu léger ne s'envole, emporté par les alizés. Jo avait bien sûr reconnu la robe de crêpe corail.
Incrédule, il scruta l'océan et ne vit rien...alors il pagaya un petit moment et enfin il la vit : sa chevelure rousse étendue autour d'elle flottait sur les vagues qui la berçaient doucement, son visage recouvert ne permettait pas de voir si elle était morte ou vivante.
Josh sauta dans l'eau noire prés d'elle sans réfléchir et la prit contre lui pour la hisser dans sa barque presque plate. Il s'y hissa à son tour et dégagea son visage de ses cheveux qui ensevelissaient celui-ci aussi sûrement que des algues sur la plage. Ce n'était pas la première fois qu'il voyait un noyé et il lui appuya sur les poumons plusieurs fois jusqu'à ce qu'elle se mît enfin à tousser et à recracher l'eau qui obstruait ses voies respiratoires.
La première fois où Josh avait consenti à me raconter son histoire, j'avais eu à ce point peur qu'elle ne soit morte que je m'en étais enfoncé les ongles dans la chair de mes paumes !
Mais l'histoire connut une autre fin, ensuite Jo pagaya jusqu'à la plage comme un fou. Une fois arrivé sur le sable, il jeta la rame et tira l'embarcation hors de l'eau. Charlotte s'était à nouveau évanouie. Il courut chercher le petit tas d'étoffes dérisoire, revint près d'elle et entreprit de la couvrir. Puis il la serra contre lui et la frictionna un long moment. Il sentait son c½ur battre doucement comme un oiseau qui s'endort.
C'était impressionnant de voir cet homme, que je considérais du haut de mes huit ans comme une force de la nature, transfiguré par le rappel de ces moments qui étaient devenus des joyaux parmi ses plus beaux souvenirs.
Ensuite..., il n'en parlait jamais. Je l'avais imaginé quelques années plus tard, à l'âge où moi aussi l'océan commença à m'appeler la nuit.
Saïda lançait alors un appel qui devait, j'en suis sûre tant mes oreilles en résonnent encore, s'entendre à des kilomètres à la ronde! Les jeunes singes s'affolaient alors un moment dans les arbres aux alentours, les vieux singes eux s'y étaient fait depuis le temps...et Jo, immanquablement, torse nu et juste revêtu d'un pagne de coton blanc, majestueux dans les bottes de cavalier que papa lui avait données, imperturbable, surgissait d'un fourré ou du chemin au fond du parc...sa machette à la main. Il tranchait en deux la noix d'un coup sec . Saïda versait alors le lait dans la carafe de Grand-mère Juliana, celle en cristal, la seule survivante du service apporté par cargo d'Europe. Les goûters étaient parmi les moments que nous préférions car souvent, Saïda prenait l'une de nous sur ses genoux et nous racontait des histoires de fantômes...
De mes souvenirs d'enfance, il ne me reste que quelques bulles légères comme du savon, elles éclatent dans ma mémoire les unes après les autres et souvent il ne m'en reste qu'un parfum léger et fleuri comme les fleurs d'ylang que Saïda mettait dans nos cheveux...
Je me souviens du goût de l'eau sur mes dents de lait. Je me souviens du sable qui envahissait tout, même nos rires. Je me souviens du ballet hypnotique des raies à marée basse lorsque Josh m'emmenait à la pêche et que je laissais mes jambes pendre dans l'eau turquoise.
Josh, le mari de Saîda n'avait plus qu'un bras, souvenir d'un requin peu amène rencontré au détour d'une plongée à quinze ans pour épater une fille..Ca ne l'empêchait pas d'être le meilleur pêcheur sur notre atoll, même si, à cette époque, le poisson ne manquait jamais, il y en avait certains dont il fallait bien connaître les habitudes et le territoire. Parfois Josh ne parlait pas, le regard perdu à l'horizon, il bourrait sa vieille pipe en manguier de ce tabac qui sentait si fort et dont je m'intoxiquais avec délice, l'air de rien, et auquel sans aucun doute je dois mon addiction !...
Parfois aussi, Josh se mettait à parler avant même que j'aie besoin de poser une question...Il se souvenait de ce qu'il faisait quand il avait deux bras, quand les filles ne le trouvaient jamais ni assez beau, ni assez grand, ni assez riche et que tout ce qu'elles lui offraient c'était la vue de leurs longs cheveux de jais ondulés et le bruit de leurs éternels rires moqueurs mais si jolis, si cristallins. Avant Saïda, il y avait eu une autre fille, une européenne, le requin, c'était pour elle.
Un soir, alors qu'il rentrait des champs, il l'avait vue descendre du cargo sur le port avec sa famille, le ferry n'avait pas pu accoster à cause de la houle, et ils avaient dû transborder les passagers. Comme toutes les jeunes filles à cette époque, elle était habillée en blanc, une robe de dentelle avec un col trés haut, une ceinture à la taille et des bas blancs que Jo apercevait à mi-mollets. Simplement, elle était mouillée, les cheveux défaits, et malgré le châle que sa mère avait jeté sur ses épaules, Jo devinait ses formes sous la robe. Des filles, il en avait déjà vu, sur les îles, la pudeur n'était pas de mise, le corps se consommait sans modération, encadré des vieilles traditions vaudou. Celle là était différente, à part ses seins ronds, elle était presque maigre, le long voyage en bateau n'avait pas dû lui réussir, et surtout elle était rousse. Deux longues tresses telles des braises se tortillaient le long de ses bras, maitrisant à grand peine des boucles qui s'en échappaient comme des ressorts.
Ce jour là, Joshua n'eut pas à ruser pour l'approcher, un homme âgé de belle prestance le héla en lui montrant des malles qui attendaient d'être chargées sur une carriole dont les deux mules abattues par la chaleur, les mouches et le vent, refusaient de faire un pas de plus.
« Charlotte, j'ai bien peur que nous n'ayons égaré l'une de vos malles ! » La jeune fille resserra un peu plus le châle autour de ses épaules. « Ca ne fait rien, dit-elle, nous la ferons chercher demain, père, si vous le voulez bien, j'ai hâte d'être au sec sur un bon plancher ! Partons vite, voulez-vous ? ». La femme entre deux âges qui les accompagnaient enchérit aussitôt : « Oui, Jacques, allons voir la propriété, Charlotte a raison, un ponton d'accostage n'est pas l'endroit le plus accueillant pour une jeune fille qui a eu déjà bien des émotions ! ».
Jo roulait délicieusement des « r » à chaque fois qu'il me racontait cette anecdote, mimant les manières du beau monde de la dame et de son mari, et à chaque fois il me faisait mourir de rire quand il recommençait...
La jeune fille, charlotte, cette fois là, ne le vit même pas, Josh n'était qu'un petit métis, un petit mendiant qui portait les bagages comme elle devait en avoir croisé beaucoup depuis son départ de Hollande. Ses parents gagnaient l'une des nombreuses plantations de café que les hollandais affectionnaient particulièrement en cette fin du 19éme siècle.
Il la revit bien plus tard, presqu'un an s'était écoulé lorsqu'il la remarqua avec un groupe d'amies sur la plage, trois autres jeunes filles et deux grands blonds portant jaquette étaient installés sur le sable de la plage aux tortues.
Jo, lui, pêchait un peu plus loin, à la mode de l'île, avec une grande pique sur laquelle il se hissait parfois sur un pied à l'aide du petit coin qui y était fiché.
Distrait par ces retrouvailles incertaines, il n'avait d'yeux que pour Charlotte, et sa pêche restait bien maigre !!
L'un des garçons avisa sa présence et se leva pour l'interroger, il parlait avec un fort accent allemand et Jo eut du mal à le comprendre « tes poissons, tu me les vends ? », Jo tout content de cette aubaine lui céda bien sûr ses poissons en échange de quelques pièces. La jeune Charlotte suivait la scène du regard, intriguée par le marchandage de son compagnon...Le jeune homme rapporta les deux loches kuhlii chatoyantes achetées à Josh et les jeunes filles ravies s'exclamèrent devant leur belle couleur jaune. Charlotte discuta un petit moment avec le jeune homme puis s'élança en courant vers l'eau, les deux poissons emprisonnés dans le calice formé par ses mains réunies. Elle les reposa dans l'eau, mouillant le bas de sa robe légère, puis resta un moment penchée pour les regarder s'enfuir en eaux profondes. Lorsqu'elle se releva, elle se tourna vers Josh et lui adressa un sourire radieux. Jo le lui rendit. Elle baissa les yeux, tordit le bas de sa robe et rejoignit ses compagnons.
Arrivé là dans son récit, Jo s'arrêtait la plupart du temps et remettait du tabac dans sa pipe éteinte entre temps. Ses yeux se perdaient alors à la crête des vagues ou dans les flammes du petit feu de camp qu'il allumait parfois pour cuire du gibier devant la terrasse le soir...
Je pense qu'il la revoyait, tenant tête à son ami pour récupérer les poissons condamnés et si déterminée à leur rendre leur liberté. Je l'imaginais, jeune fille aux très longs cheveux roux, son chapeau négligemment retombant sur ses épaules, ne tenant que par une fine cordelette, dans une robe rose corail légèrement transparente comme celles qui hantaient encore à cette époque l'armoire de Grand-mère Juliana.
A partir de ce jour là, Charlotte réapparut régulièrement sur la plage...C'était la saison chaude et parfois la pluie s'abattait au moment où on s'y attendait le moins. Jo attendait alors en vain sa venue...puis un jour alors qu'il avait sorti la petite embarcation de son père pour aller pêcher à la nuit tombée...il aperçut sur la plage un petit amas de vêtements sur lequel quelqu'un avait posé une grosse pierre afin d'éviter certainement que le tissu léger ne s'envole, emporté par les alizés. Jo avait bien sûr reconnu la robe de crêpe corail.
Incrédule, il scruta l'océan et ne vit rien...alors il pagaya un petit moment et enfin il la vit : sa chevelure rousse étendue autour d'elle flottait sur les vagues qui la berçaient doucement, son visage recouvert ne permettait pas de voir si elle était morte ou vivante.
Josh sauta dans l'eau noire prés d'elle sans réfléchir et la prit contre lui pour la hisser dans sa barque presque plate. Il s'y hissa à son tour et dégagea son visage de ses cheveux qui ensevelissaient celui-ci aussi sûrement que des algues sur la plage. Ce n'était pas la première fois qu'il voyait un noyé et il lui appuya sur les poumons plusieurs fois jusqu'à ce qu'elle se mît enfin à tousser et à recracher l'eau qui obstruait ses voies respiratoires.
La première fois où Josh avait consenti à me raconter son histoire, j'avais eu à ce point peur qu'elle ne soit morte que je m'en étais enfoncé les ongles dans la chair de mes paumes !
Mais l'histoire connut une autre fin, ensuite Jo pagaya jusqu'à la plage comme un fou. Une fois arrivé sur le sable, il jeta la rame et tira l'embarcation hors de l'eau. Charlotte s'était à nouveau évanouie. Il courut chercher le petit tas d'étoffes dérisoire, revint près d'elle et entreprit de la couvrir. Puis il la serra contre lui et la frictionna un long moment. Il sentait son c½ur battre doucement comme un oiseau qui s'endort.
C'était impressionnant de voir cet homme, que je considérais du haut de mes huit ans comme une force de la nature, transfiguré par le rappel de ces moments qui étaient devenus des joyaux parmi ses plus beaux souvenirs.
Ensuite..., il n'en parlait jamais. Je l'avais imaginé quelques années plus tard, à l'âge où moi aussi l'océan commença à m'appeler la nuit.